Face à la multiplication des comportements à risque sur les routes, les autorités renforcent la répression contre l’usage du téléphone en conduisant. Dès l’automne, un département du Sud-Ouest mettra en place une mesure inédite : la suspension automatique du permis de conduire pour tout conducteur surpris avec un smartphone en main. Objectif : enrayer une pratique qui, chaque année, provoque plusieurs centaines d’accidents graves.
Pourquoi viser le téléphone au volant ?
Selon la Sécurité routière, près de 8 automobilistes sur 10 reconnaissent encore consulter leur smartphone en circulation : appels, SMS, navigation GPS non vocalisée, voire consultation de vidéos. Or, 2 secondes d’inattention à 90 km/h, c’est déjà 50 mètres parcourus à l’aveugle ! Le risque d’accident est ainsi multiplié :
- par trois lors d’un appel téléphonique, même avec le haut-parleur, car l’attention se détourne de la route ;
- par 23 lors de la lecture ou de la rédaction d’un message, entraînant souvent un freinage tardif ou un changement de voie intempestif.
Conséquence directe : en 2023, 390 décès ont été attribués à une distraction liée au téléphone. À titre de comparaison, c’est l’équivalent d’un crash aérien complet chaque année.
De l’amende à la suspension immédiate
Jusqu’à présent, la sanction nationale se limitait à 135 € d’amende et au retrait de trois points. Dans les Landes, la préfecture franchit un cap. Dès octobre, une infraction relevée pourra se traduire par :
- la suspension administrative du permis pendant un maximum de six mois ;
- un passage automatique devant la commission médicale pour évaluer la capacité à reprendre le volant.
Cette décision fait écho aux propos de M. Lagache, porte-parole de la Ligue contre la violence routière, qui rappelle qu’« utiliser son téléphone au volant représente une dangerosité équivalente à une alcoolémie de 0,8 g ». Un parallèle saisissant quand on sait qu’un tel taux d’alcoolémie est déjà considéré comme un délit.
Une mesure pilote appelée à s’étendre ?
Plus de 3 000 conducteurs ont été verbalisés pour usage du téléphone dans le département en moins d’un an. Si la tendance ne s’inverse pas, le préfet a d’ores et déjà prévenu qu’il durcira la durée de suspension dès novembre. D’autres territoires observent attentivement l’expérience landaise ; en cas de résultats positifs (baisse des accidents, diminution du nombre de verbalisations), un déploiement national pourrait suivre.
La population locale se montre partagée. Certains jugent la sanction « un peu sévère », arguant de la difficulté à se passer de véhicule pendant plusieurs mois, tandis que d’autres estiment qu’« il fallait frapper fort » pour marquer les esprits. Les assureurs, eux, rappellent qu’un accident impliquant un téléphone peut faire bondir la prime d’assurance de 20 % à 40 % dès le premier sinistre responsable.
Vers un changement durable des habitudes ?
Pour les pouvoirs publics, l’objectif va au-delà de la punition : il s’agit de provoquer un électrochoc culturel. Plusieurs pistes d’accompagnement sont déjà envisagées : applications de blocage automatique, campagnes de sensibilisation dans les auto-écoles ou encore installation d’emplacements sécurisés pour s’arrêter et passer un appel. Si la mesure landaise réussit, elle démontrera que la suspension immédiate du permis de conduire peut devenir un levier efficace pour sauver des vies.
Le message est clair : garder les yeux sur la route et les mains sur le volant n’est plus un simple conseil, c’est une condition indispensable pour continuer à conduire.