Installée à plus de 2 000 mètres d’altitude, la vallée de Hunza, dans le nord du Pakistan, continue de faire rêver les amateurs de bien-être : là-bas, dit-on, l’âge de 100 ans serait presque banal et les habitants afficheraient une vitalité étonnante. Intriguée par ces récits, la communauté scientifique tente encore de comprendre les raisons précises de cette renommée, entre régime alimentaire riche en abricots, activité physique quotidienne et environnement montagnard préservé.
Une réputation forgée depuis le XIXᵉ siècle
Les premières descriptions occidentales remontent aux explorateurs britanniques de 1890, fascinés par cette « vallée des immortels ». À l’époque, ils affirmaient que certains villageois dépassaient 120 voire 140 ans, grâce à une alimentation végétarienne stricte et à une eau glaciaire « magique ». Plus d’un siècle plus tard, les registres d’état civil demeurent lacunaires : si l’on y recense bel et bien quelques nonagénaires robustes, aucune étude ne confirme un véritable record de longévité comparé à d’autres zones rurales d’Asie. En revanche, plusieurs enquêtes locales évoquent un taux de cancers inférieur de 20 % à la moyenne pakistanaise – un indice qui aiguise la curiosité des épidémiologistes.
L’abricot, un pilier nutritionnel aux multiples atouts
Dans chaque hameau, des alignements d’abricotiers centenaires parent les terrasses en pierre. Au cœur de l’été, les fruits sucrés sont consommés crus ; en automne, ils sont séchés au soleil, puis stockés pour l’hiver. Les noyaux, quant à eux, fournissent une huile d’abricot dorée qui sert aussi bien à la cuisson qu’aux soins de la peau.
Sur le plan nutritionnel, 100 g d’abricots frais apportent environ 50 kcal, 2 g de fibres et plus d’un tiers des besoins quotidiens en provitamine A (bêta-carotène). L’huile renferme près de 70 % d’oméga-9 et 25 % d’oméga-6, des acides gras reconnus pour soutenir la santé cardiovasculaire. Des travaux publiés en 2023 dans la revue Food Chemistry montrent par ailleurs que les polyphénols de l’abricot réduisent l’oxydation du « mauvais » cholestérol de 30 % in vitro, ce qui pourrait contribuer à expliquer la faible incidence d’athérosclérose observée chez les Hunzakuts.
Bien plus qu’un simple fruit : un art de vivre complet
Réduire la santé des habitants de Hunza à la seule consommation d’abricots serait toutefois simpliste. Ces montagnards passent plusieurs heures par jour à cultiver la terre, marchent sur des sentiers accidentés et vivent à l’abri de la pollution urbaine. Leur menu quotidien, évalué autour de 1 800 kcal, est dominé par des céréales complètes (orge, blé sarrasin), des légumineuses et des légumes racines. Les protéines animales, essentiellement du lait de yack ou de chèvre, représentent moins de 10 % de l’apport calorique total. Cette diète, pauvre en sucres ajoutés et en graisses saturées, s’apparente à un régime méditerranéen de haute montagne, complété par une hydratation à l’eau de source glaciaire, naturellement riche en minéraux.
Ce que la science en retient : sobriété, mouvement et convivialité
Des chercheurs pakistanais et canadiens, en suivant 400 seniors hunzakuts depuis 2019, ont identifié trois facteurs clés associés à leur bon état de santé :
- Une dépense énergétique quotidienne élevée (environ 12 000 pas et 600 m de dénivelé positif en moyenne).
- Un indice de masse corporelle stable — compris entre 20 et 23 — favorisé par des repas frugaux.
- Un soutien social très fort : les tâches agricoles sont collectives, et les repas se prennent en famille élargie, réduisant stress et isolement.
S’inspirer de la « vallée des immortels » chez soi
Intégrer des pratiques hunzakuts dans un mode de vie occidental est possible : remplacer les en-cas ultra-transformés par quelques abricots secs, privilégier la marche ou le vélo pour ses déplacements quotidiens, et pratiquer le jeûne intermittent léger, courant à Hunza durant l’hiver quand les réserves sont comptées. Enfin, cultiver un potager ou rejoindre un jardin partagé recrée ce lien avec la terre et la communauté, deux éléments que beaucoup de centenaires, de Hunza à Okinawa, citent parmi les secrets de leur énergie.
Un mythe qui invite à repenser notre quotidien
La vallée de Hunza n’est peut-être pas la véritable patrie des immortels, mais elle reste une source d’inspiration. Elle rappelle qu’aucun aliment, pas même l’abricot, ne suffit à garantir une vie longue et en bonne santé. C’est la combinaison d’une alimentation végétale variée, d’une activité physique régulière, d’un environnement sain et de liens sociaux solides qui semble faire la différence. Un modèle à méditer pour tous ceux qui rêvent de prolonger leur espérance de vie tout en savourant chaque instant.